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Conférence de Pierre Marillaud

Conférence donnée en réunion interne de l’Académie le 15 novembre 2021

D 1er janvier 2022     H 11:03     A P     C 0 messages


Pierre Marillaud,
Inspecteur d’Académie honoraire,
Docteur et habilité à la direction de recherche
en Sciences du Langages,
Chercheur associé de l’université de Toulouse-Jean Jaurès,
Membre titulaire de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts
de Montauban,
Commandeur dans l’ordre des Palmes Académiques,

à

Monsieur le Président Even,
et ses chères consœurs et chers confrères de l’Académie des Belles Lettres,
Sciences et Arts de La Rochelle

Αίών παις έστι παίζων πεσσύων παιδος ή βασιληίη

L’après littérature d’Alain Finkielkraut commence par cette phrase :
« Si quelqu’un m’avait naguère prédit que le jour viendrait où je prononcerais sous la Coupole, et en costume d’apparat, le discours annuel sur la vertu, j’aurais trouvé l’idée incongrue etc. ».

Dans L’Autobiographie, Charles Darwin parlant des sociétés dont il était membre honoraire, écrivait « Si l’on m’avait dit à l’époque que je serais un jour honoré de la sorte, j’aurais trouvé cela ridicule et totalement improbable, tout comme si l’on m’avait dit que je serai élu roi d’Angleterre. »

Rassurez-vous, mes chères consœurs, mes chers confrères, je ne me compare ni au philosophe cité en premier, ni à l’immense génie à qui l’on doit L’origine des espèces, mais si l’on m’avait dit un jour, alors que le Centurion passant entre les tours, m’emmenait vers le large, que je viendrais devant vous, dans ma ville natale, évoquer la mémoire de mon père, voire des souvenirs de mon enfance traversée par la guerre 1939-1945, j’aurais éclaté de rire et j’aurais pu répondre, un peu à la façon de Darwin, « Pourquoi pas évêque ou président de la République ! »

Monsieur le Président, chères consœurs, chers confrères, permettez-moi de vous adresser mes remerciements les plus vifs pour ce grand privilège que vous m’accordez et sachez que j’en suis très ému.

1. Mon père ( 1908 – 1996 ) avant la guerre

Puisque c’est cette phrase de Monsieur le président Pascal Even :« Vous êtes le fils de Pierre Marillaud, j’ai connu votre père » prononcée au cours d’un bavardage faisant suite à une séance du colloque de l’Académie de Montauban des 21 et 22 septembre derniers [Commémoration des 400 ans du siège de Montauban (1621-2021)] qui m’a conduit ici, c’est par un extrait de l’un des deux romans qu’a écrits mon père au retour de son engagement à 18 ans dans les tirailleurs algériens, romans qu’il n’a pas publiés, que j’ouvrirai mon propos. Je précise que je ne connaissais pas l’existence de ces deux romans dont je n’ai découvert les manuscrits que récemment, c’est-à-dire très longtemps après sa mort en 1996. Certes il m’avait parfois parlé de sa vie en Afrique, de choses qu’il avait écrites, mais c’était plutôt sous forme de simples allusions.

En 2019, Madame la professeure Natalia Belozerova, directrice de la chaire d’anglais de l’université de Tyumen (Sibérie) où pendant 11 années de suite je suis allé donner des cours de sémio-linguistique et des conférences, m’a demandé d’écrire mes souvenirs de la guerre, qui évidemment sont en même temps des souvenirs d’enfance puisque je suis né le 29 avril 1934, ici, à La Rochelle. C’est dans le cadre de la commémoration en Russie de la victoire de 1945 que les universités russes furent sollicitées par le pouvoir pour récupérer des témoignages sur la seconde guerre mondiale de personnes encore vivantes. Après avoir hésité j’avais fini par céder à la demande de l’université de Tyumen qui publia mes souvenirs dans sa revue de recherches en Sciences humaines Viéstnik, en édition bilingue.

Or c’est au cours de mes recherches faites en vue de cette publication que j’ai découvert que mon père avait écrit les deux romans dont je viens de parler. Le premier bref extrait que je vais vous lire de son deuxième roman figure dans la revue que je viens de citer, et nul doute qu’il n’imagina jamais qu’ au XXIe siècle, on lirait un fragment de sa prose dans l’Académie de sa ville natale, et en Russie… , un pays qu’il admirait, même s’il détestait le régime soviétique d’alors .

« La mer est mon amie d’enfance. Je rôde sur les quais, et mes yeux tout neufs, la contemplent. Son clapotis, chantant, m’appelle, et j’accours. Chaque jour, je pars en courant du foyer, et ne respire d’aise qu’en débouchant sous l’arche de la petite rue du port. Alors seulement, je flâne. Du moins en apparence ; ma rétine fouille, scrute, vole d’un étambot à la pomme d’un mât, saisit un frisson de voile, un jeu de lumière, un reflet sur l’eau.

Dans ce vieux port, si pittoresque, j’ai un coin favori : la cour du quai, au pied de la tour de la Chaîne !

Là se pressent les « dundees », grands oiseaux aux ailes brunes, rouges, jaunes ou bleues. Oiseaux du grand large que la pêche entraîne des jours durant sur les bancs d’Irlande, du Maroc, et parfois de Mauritanie. Ils forment trois nichées principales : ceux de Lorient, des Sables-d’Olonne et de La Rochelle. Sans regarder leur port d’attache, peint sur l’avant, je les classe : les premiers sont toujours sales, les seconds, poncés, briqués fleurant la lessive ; les nôtres entre les deux.

Dix-huit ans. Je tourne une page de ma vie. Je pars en Algérie, engagé volontaire, deux ans. Pourquoi la chechia et non le pompon rouge ? - Je veux partir, tout de suite ; laisser des vagues et des vagues derrière moi. »

Seize pages plus loin il est en Algérie et il s’adresse à Amphitrite. Il n’avait ni la fibre métaphysique ni la fibre religieuse, et s’il eût quelques considérations pour une divinité ça ne pouvait être que pour la fille d’Océanos (certains disent de Nérée), et épouse de Poséidon :

« Amphitrite ! L’azur du ciel et les fruits d’or du jardin des Hespérides vont-ils me détourner de toi ?

Non ! Les flots qui te virent naître sont là, dans le Nord. Leurs parfums d’algues, s’ils n’atteignent pas les arides crêtes de l’Atlas Saharien, viennent au moins baigner de leurs effluves les pentes du Tell.

La magie ensoleillée de l’Islam charme mon âme, la myrte, l’encens l’embaument ; les crépuscules dans le Sud, les mirages, la nostalgie des caravanes la fascinent…mais toujours elle se hausse, s’échappe, s’envole à tire d’aile rejoindre les goélands dont la plume légère frôle son sein.

Comme eux, je longe le rivage et fouille les rochers d’Aïn-el-Turc, Mers-el-Kébir. Oran, mirage d’Espagne que domine la Santa Cruz, hommes aux traits anguleux, regards de geai ; femmes en cheveux criardes, tapageuses, enfants déguenillés, voleurs et mendiants. Toute l’Ibérie Africaine, où se mélangent une rude opiniâtreté dans le labeur et une paresse infinie, une fierté orgueilleuse et un laisser-aller inconcevable. Étrange mixture d’antithèses qui fit rouler un empire des cimes de la gloire aux plaines de la médiocrité. » (pages 15-16)

En 1924, mon grand-père avait offert à son fils d’un second mariage, pour ses 16 ans, un petit voilier, le Pétrel, dont j’ai un vague souvenir. Si je suis monté à bord de ce bateau, je n’ai jamais eu le plaisir de naviguer dessus. Ma mère, qui parfois se confond avec Amphitrite dans l’un des romans, avait peur de l’eau et ne savait pas nager... Comme quoi le réel fait parfois éclater les beautés du rêve… ! Nul doute qu’elle ne voulait pas voir le petit garçon de trois-quatre ans suivre son marin de mari au-delà des tours. Un jour, elle me raconta comment, une nuit où la mer était haute, mon père lui demanda de venir au port pour faire une sortie nocturne sur le Pétrel. Au large ce n’était pas la tempête mais le gros temps, et elle avait très peur. Alors qu’il lui demandait de maintenir la trinquette avant de virer de bord, elle avait tout lâché pour se réfugier dans le rouf...Ce fut la dernière sortie au large de ma mère sur le Pétrel, ce bateau qu’il comparaît à l’ oiseau de mer dont il portait le nom, et sur lequel il promena bon nombre d’amis et parents jusqu’à la guerre.

Pour en terminer avec la prose paternelle, je me permets de citer les dernières lignes de son deuxième roman :

« Le fond menace de manquer sous la quille. Je lofe autant que le permet le vent. La trinquette claque. Ce diable de Nordet se fait capricieux aux atterrages, il refuse et va me drosser sur les crabes.
Mécontent, j’envoie un bord. Maintenant je suis pressé de rentrer : fini les belles vallées d’étoiles, la paix du large, le rêve cède à la réalité.
Mes yeux dilatés cherchent dans la nuit le noir fantôme de la tour Richelieu. Rien d’apparent qui puisse la déceler. Nous autres, légers bateaux qui naviguons hors du chenal, sommes toujours
dans l’appréhension de la voir surgir brutalement des ténèbres à notre mince étrave. Où est-elle ? Ce soir…
Tiens ! Voici une lumière qui s’éteint sur la côte… puis elle se rallume ! Une autre, toute proche l’imite, puis trois, quatre, cinq ! - C’est la tour- Au rythme de ma vitesse, elle me cache l’espace d’une seconde les lumières de la ville. Son écran noir se détache enfin dans un halo.
Je suis rassuré, j’envoie le bord suivant : les écoutes fouettent le pont, la mâture gémit et se penche, le fantôme disparaît à l’arrière.
Voici la plage, le Bout blanc et ses tamaris aux troncs convulsés.
Au fond du chenal sommeille un cargo, gros pachyderme ventru dont les grues du port, demain, fouilleront les entrailles. Sa panse vidée, il la remplira de nouveau, son appétit est grand. Alors, beuglant et crachant, il s’en ira griller ses flancs sous le soleil des tropiques.
Insecte léger, je frôle la bête, d’un coup d’aile, je la fuis.
Voici les tours ! Les vieilles tours du port ! Du ras de l’eau elles escaladent la nuit. Des siècles durant, des hommes bardés de fer ont guetté par les créneaux les voiles ennemies. De nos jours, seuls les touristes s’y penchent pour voir les toits rouges, les clochers pointus, le panorama splendide de la rade et le havre grouillant de voiles multicolores.
De capricieuses risées en éventail me guettent, les rivelins courent sur l’eau, se pourchassent en tous sens. Le Pétrel s’abat, se redresse, joue et taille de son bec pointu. Trois battements d’aile le jettent au milieu du port, de son nid.
Bout au vent, je brise mon erre sur la bouée. Une amarre lestement passée et voici l’oiseau prisonnier, parmi ses frères.
Les voiles, alors gonflées de brise, se rident, s’affaissent, les haubans ne vibrent plus d’harmonies. - Les muscles se détendent.
Dans une « plate » minuscule et instable, je gagne le quai et débarque. Une dernière fois, je me retourne : ailes repliées, l’oiseau de mer dort. Un imperceptible balancement m’indique que son cœur bat.
Dans l’Est, une pâleur se glisse, - Je me hâte par les rues étroites, humides et noires où n’osent se hasarder les timides étoiles. »

Dès son enfance mon père accepta aussi mal les contraintes de sa famille que celles de l’école Fénelon, et ce témoignage je le tiens de ma grand-mère qui aimait son fils mais qui pleura beaucoup à cause de ses nombreuses incartades. Après avoir quitté l’école vers 16 ans, il prit des leçons de dessin chez le peintre Louis Suire car il avait décidé de faire une carrière artistique. Mais à 18 ans, malgré son amour de la mer, il décida de s’éloigner de sa famille et s’engagea dans les Tirailleurs Algériens. Non-scolaire, il était cependant très cultivé et fut un lecteur passionné de Lamarck et Darwin, en préférant pour des raisons non scientifiques, l’aristocrate français à l’Anglais… Il avait pour auteurs favoris Flaubert (comme sa mère), Maupassant, Jules Verne, Loti, Claude Farrère, et tout particulièrement Blaise Cendras et Henry de Montfreid. D’après mon parrain, Jean Bénac, son cousin germain, mon père aurait rencontré Henry de Montfreid, mais on ne sait ni où ni quand et cette information reste non vérifiée.

Il aimait la musique et avait de l’oreille, mais, comme sa mère et ses trois sœurs jouaient du piano, il décida d’apprendre le violon. Cet apprentissage ne dura pas longtemps car un jour où il était censé étudier sa leçon de violon, mon grand-père montant le rejoindre dans sa chambre au deuxième étage, fut étonné d’entendre des sons très éraillés qui ne renvoyaient à aucune ligne mélodique. Après avoir écouté cette cacophonie de derrière la porte, il entra et trouva mon père faisant semblant de jouer : sur son pupitre, il y avait certes la partition, et par dessus celle-ci un roman policier que l’apprenti violoniste dévorait. Cet événement mit fin à son apprentissage du violon, mais il arrivait à jouer d’oreille des morceaux simples au piano sans avoir pris de leçon de cet instrument. Je me souviens qu’il jouait la transcription pour piano de Poète et paysan de Franz von Suppé.

Avec Le Pétrel, ce voilier dont il est question dans l’un des extraits que je viens de lire, il sillonna l’espace maritime qui s’étend de l’estuaire de la Gironde à l’île d’Yeu. Lors d’un coup de temps au large du phare de la Coubre il faillit y laisser la vie, mais il était bon marin et je signale que c’est lui qui a appris à barrer à son copain, qui se nommait (ou prénommait ?) Hervais, qui devint un constructeur de bateaux de plaisance assez important après la guerre. Quand, dans les années 1960-1980, je revenais passer des vacances à La Rochelle, c’est sur Le Centurion, son deuxième bateau, à moteur avec deux couchettes, qu’il continuait à naviguer pour son plaisir et j’ai des souvenirs magnifiques de nos sorties en mer. Ses amis me disaient, et en particulier l’un d’entre eux, Monsieur Boisramée, ingénieur météo de la ville, « Il faut convaincre ton père de ne pas continuer à sortir seul en mer, comme il le fait, même par mauvais temps, car il finira par y perdre la vie. » J’ai fait part à mon père de ces propos que je faisais également miens, mais il me répondit qu’il savait ce qu’il faisait …

Il est mort dans une résidence pour personnes âgées de la ville de Lyon où habitait mon frère. ... Nous avions dû vendre la villa de Capbreton où il avait décidé de finir sa vie, au bord de l’océan, mais il ne pouvait plus y rester sans aide, ma mère étant atteinte de la maladie d’Alzheimer et lui même ayant de grandes difficultés pour se déplacer. Il avait vendu son imprimerie en 1984 pour s’installer à Capbreton dont il disait que le site lui faisait penser à un petit port colonial. Il ne ferait plus cette comparaison de nos jours tant le port est cerné d’immeubles pour vacanciers…Et puis, oserait-on parler des charmes d’un port colonial aujourd’hui ?

2. La guerre et l’occupation

Je sais peu de choses sur ce qu’il fit pendant la guerre. Mobilisé en 1939 avec le grade d’adjudant, ma mère me raconta qu’ il partit persuadé qu’ils allaient « fiche une raclée aux boches ». Cet ancien camelot du roi, resté fidèle aux chouans et à la monarchie, partit de bon gré pour aller défendre la France et sa République. En réalité la politique ne l’intéressait pas vraiment et s’il était combatif, il n’était pas sectaire.

J’ai vu défiler chez moi, après la guerre, lors des soirées de bridge et d’échecs, des gens de toutes les tendances politiques y compris un maire socialiste de La Rochelle du nom de Franck Lapeyre. Il fut un admirateur du maire radical de gauche Crépeau. Il est vrai que ma famille comportait des gens de la mer et des gens de la montagne, ma grand-mère paternelle étant béarnaise, des gens de droite et des gens de gauche, des athées et des croyants, des catholiques et des protestants qu’il désignait souvent par les termes de « curetons » et de « parpaillots ». Si ma mère était très croyante (elle avait été élève de l’école privée de la Providence), mon père, bien qu’ancien élève de l’école privée Fénelon, ne semblait pas se soucier de l’existence de Dieu. Certes, les Petites Sœurs des Pauvres n’eurent jamais à payer les imprimés et les fournitures qu’elles lui commandaient, et si dans ma bibliothèque j’ai de nombreuses « Vies de saints » et autres ouvrages religieux couverts en peau publiés au XVIIIe siècle, c’est sans doute à la gentillesse de ces religieuses que je les dois, car je pense que ce sont des cadeaux qu’elles lui faisaient en échange de la grande générosité dont il fit preuve à leur égard. Je n’oublie pas non plus qu’il y avait un rayon réservé aux articles religieux dans notre magasin, et qu’à la période de Noël il faisait chaque année une superbe crèche, dans la vitrine de gauche (en entrant), qui attirait le regard des passants par la beauté du paysage en papier crèche avec ciel étoilé et éclairage coloré dans lequel il plaçait les personnages.

Pourtant, comme je viens de l’évoquer, je peux affirmer que la religion ne faisait pas partie de ses préoccupations, même si un jour, je devais avoir 10 ou 11 ans, il me répondit à une question que je lui posais sur l’existence du monde animal et humain « Il faut bien pourtant qu’il y ait une explication à l’existence de la première cellule vivante ». Ce fut la seule remarque métaphysique de tous les échanges que j’eus avec lui. L’évolutionniste convaincu qu’il était, subissait encore l’influence du créationnisme, mais ce dont je suis à peu près certain, c’est qu’il ne croyait ni à la vie éternelle, ni à l’existence d’un dieu. D’ailleurs il se moquait beaucoup des curés...ce qui mettait sa belle-mère, ma grand-mère maternelle, dans tous ses états. Cette dernière était fille d’un marin cap-hornier qui, à l’âge de 70 ans, en plein hiver, avait plongé dans le canal Maubec pour sauver un jeune garçon qui y était tombé et était resté coincé sous une douve. Or ce marin qu’était le père de ma grand-mère affirmait qu’il ne pouvait rien lui arriver dans la mer car il avait fait un rêve au cours duquel la « Vierge » lui avait dit qu’elle le protégerait...Il fut décoré de la médaille de Napoléon III. Sur le port, dans le milieu des marins, on l’appelait « Petit-clé », mais je ne connais pas l’origine de ce surnom. Quant à son nom, c’était un Horassius...dont les fils et petits enfants seront fort connus dans le La Rochelle de l’époque 1930 – 1960.

Le premier écho annonçant la guerre, c’est lors du grand prix automobile de la ville de Pau, le lundi de Pâques 1939 que je l’entendis. Je suis avec ma mère dans la courbe de la sortie de la gare à partir de laquelle les voitures entament la montée vers le jardin public dominé par le château d’Henri IV , et ce sont deux Mercédès argentées avec leurs numéros en rouge, pilotées par des allemands, qui mènent la course et gagnent. Or, sans que je puisse en deviner la raison à l’époque j’ai le souvenir des cris et huées de la foule quand l’orchestre joua le Deutschland über alles pour honorer les vainqueurs.

Pour revenir à mon père à la guerre, je dois dire que je n’ai aucun souvenir du 3 septembre 1939, date de la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, alors que j’ai des souvenirs très précis d’événements et de faits de notre vie familiale qui précèdent cette date d’un et même deux ans. Ce qui prouve que pour moi la vie continuait à s’écouler sans histoires alors que l’Histoire était en train d’ébranler le monde. Je ne saurai jamais si dans les mois qui précédèrent ce sinistre moment on parlait d’Hitler dans les salons rochelais et autres, comme l’Anna Pavlova de Guerre et paix de Tolstoï parlait en juin 1905 de Napoléon qu’elle comparaît à l’Antéchrist.

Je ne me souviens pas non plus du départ de mon père pour la guerre, mais j’ai retrouvé un dessin que j’avais fait à l’école maternelle Paul Doumer dirigée par une nièce par alliance de ma grand-mère maternelle, Jeanne Horassius, dessin accompagné de la légende suivante : « mon papa est parti a la guuerre maman l’a accompagné à la gare » (orthographe respectée du document retrouvé – je suis alors âgé de 5 ans). Sur le dessin figure un train ( une locomotive qui fume, un tender et deux wagons), une gare et ma mère toute seule. Dois-je signaler qu’à la sortie de la section des grands de cette école maternelle publique, avant d’entrer en primaire au cours préparatoire, nous savions déjà tous lire et écrire… ? !!!

La première journée qui me donna l’impression de vivre la guerre - je ne peux en donner la date - fut la distribution des masques à gaz. Ces masques étaient kakis comme les uniformes de l’armée française, si bien que lorsqu’on m’en fit essayer un, mon imagination poétique me transforma immédiatement en soldat...

Mon grand-père maternel, qui, avec ma grand-mère, avait quitté leur villa de la rue de la trompette à Fétilly pour venir habiter avec ma mère au 47 de la rue Saint-yon, m’expliqua le fonctionnement du masque à gaz en me disant que « les sales boches avaient utilisé les gaz en 1914-1918 ». J’en profite pour dire qu’en 1914-1918 il avait « fait le chemin des dames », qu’il avait été blessé trois fois : un coup de baïonnette dans le ventre donné par un soldat allemand qu’il pensait avoir tué, mais il n’en était pas sûr, un éclat d’obus qui lui arracha une partie d’un mollet, et enfin les gaz dont il fut sauvé de justesse. Chaque fois il fût soigné par des infirmières anglaises dont il apprécia beaucoup les compétences médicales et l’accueil, et chaque fois, à peine remis sur pied, il fut renvoyé au combat. Je tiens à préciser qu’il détestait Pétain à qui il n’a jamais pardonné les exécutions sommaires de près de 500 soldats français mutinés.

Ayant reçu la Croix de guerre et la Médaille militaire, preuves s’il en fallait, qu’il avait fait son devoir, il fut tellement dégoûté de l’attitude de la France après la guerre qu’il faillit aller en prison pour avoir accroché ses médailles au collier de son chien, qui s’appelait Camisard, et pour l’avoir promené ainsi décoré dans la ville. Je dois dire que ce courageux soldat était plutôt antimilitariste , et peu optimiste sur le destin de l’humanité...Mais il m’apprit beaucoup de choses, et m’en expliqua beaucoup d’autres, en particulier pendant la guerre quand il me faisait comprendre le sens des informations de la radio anglaise qu’il écoutait très assidûment sur un Ducrétet-Thomson avec œil magique.

Je fus très impressionné par un petit morceau de cockpit d’un avion Messerschmitt que la compagnie de mon père avait abattu et qu’il avait mis dans une lettre envoyée à ma mère. Pour moi, c’était le signe que l’armée française allait gagner la guerre... Cette lettre fut la dernière que ma mère reçut de lui, et sans doute était-il déjà prisonnier quand elle arriva à La Rochelle.

En 1940, vers la fin du printemps, je ne sais plus quel jour, la sirène sonna un matin, et ma mère dut fermer le magasin et ouvrir notre porte à des voisins venus s’abriter dans l’une de nos deux caves superposées sur ordre de « la défense passive » dont l’un de mes oncles, Pierre Duclou, mercier du bas de la rue du minage, était responsables de secteur. Je le revois, coiffé d’un casque de l’armée française, parcourant la rue en faisant rentrer les gens dans les abris. Il m’avait emmené plusieurs fois pêcher avec lui dans le port, quand la marée était haute le soir. Il posait son carrelet au pied de la tour Saint-Nicolas.

Nous voilà, mon frère âgé de deux ans, ma mère, ma grand-mère, et une dizaine de personnes au milieu des caisses, des ripes, des emballages vides et du charbon, dans une cave voûtée éclairée par une seule ampoule de faible intensité. Mon grand-père n’avait pas voulu descendre et nul doute que depuis le grenier il scrutait le ciel avec ses jumelles. Un monsieur qui semblait très inquiet, parla des bombardements au phosphore, lequel coule dans les caves, et qui aurait fait beaucoup de morts au nord de la France. Son discours m’impressionnait. Heureusement ma mère était là, très calme, nous gardant mon frère et moi contre elle, et il me semblait que rien ne pouvait nous arriver. Au bout d’environ une heure la sirène sonna la fin de l’alerte, et tout le monde remonta. Cette première alerte fut sans doute provoquée par le bombardement des réservoirs de pétrole de La Pallice par l’aviation allemande. J’ai appris plus tard que ce sont des Rochelais qui incendièrent ces réservoirs de pétrole pour que les Allemands ne puissent en profiter.

Je pense que c’est au cours de ces journées que le Champlain fut touché par une mine magnétique larguée par les avions allemands et qu’un sous-marin, un U-65 type IX-B, le torpilla ensuite pour qu’il ne puisse pas être renfloué. J’apprenais beaucoup en écoutant les ouvriers de l’imprimerie et de l’atelier de reliure discuter. Il est vrai que j’aimais descendre à l’imprimerie, située sous une véranda, pour les regarder travailler et leur parler.

Quelques jours après cette alerte, le dimanche 23 juin après-midi, j’étais avec mon grand-père et mon frère dans notre salon. Je jouais avec mon train électrique, mon frère était encore dans son baby-trotte. Ma mère travaillait sur la comptabilité du magasin dans la salle à manger, ma grand-mère et la bonne (nous dirions aujourd’hui l’employée de maison), Paulette, étaient occupées à diverses tâches dans la cuisine. Soudain les vitres du salon se mirent à vibrer, comme elles le faisaient chaque fois qu’un gros camion prenait la rue Saint-Yon. Me mettant à la fenêtre en même temps que mon grand-père, je vis un blindé et la silhouette d’un officier habillé en noir émergeant de la tourelle. Ce blindé se dirigeait vers la mairie. Mon grand-père ne disait rien mais il y avait sur son visage une expression où se mélangeaient la tristesse et la colère. Lui qui avait fait partie des français qui « arrêtèrent les boches à Verdun », les voyaient ce jour-là au bord de l’Atlantique ! Notre rue était déserte. Bien plus tard j’apprendrai l’attitude courageuse et digne que prit le maire de notre ville, Léonce Vieljeux, qui n’accepta d’abaisser le drapeau français qui flottait sur la mairie que sur ordre d’un officier allemand ayant un grade au moins équivalent à celui qu’il avait dans l’armée française, à savoir lieutenant-colonel ou colonel. Ce qui lui vaudra en 1944 d’être exécuté en même temps que d’autres résistants par les nazis. Je croyais qu’il avait été abattu de nuit d’une rafale de mitraillette dans le dos, mais votre consœur Madame Gachignard, plus compétente que moi sur le déroulement de ce triste événement, m’a précisé qu’il avait été abattu d’un coup de pistolet dans la nuque ! Je suis très satisfait de savoir qu’il existe aujourd’hui une association Léonce Vieljeux à La Rochelle, car je n’ai entendu dire que du bien dans ma famille de cet homme fier et courageux.

Ma mère décréta le soir même du passage du blindé que le lendemain elle refuserait de servir les clients allemands. Or le lendemain matin, alors qu’une vendeuse qui venait faire l’ouverture était arrivée effrayée en lui disant « Madame, il y a des Allemands partout ! », le premier client de la journée fut un soldat allemand. Il expliqua dans un français approximatif qu’il voulait acheter du papier à lettres pour écrire à sa famille qui habitait Hambourg. Il choisit une boite de papier bleu pâle, paya en argent français, gagna la porte, mais avant de l’avoir atteinte, il se retourna en disant « La Rochéle, sehr schön ». Il avait l’air satisfait d’être là, au bord de l’Atlantique, c’est-à-dire à la limite des terres à conquérir pour un Germain. En somme ce premier occupant-client avait réagi en touriste, sans prendre l’air supérieur d’un vainqueur. Il venait d’avoir une attitude qui justifiait la phrase qui allait être prononcée et répétée pendant des années par une multitude de françaises et de français : « Les soldats allemands sont très corrects ». Ma mère n’alla pas jusqu’à tenir ce propos, mais, après avoir remercié Madame P. d’avoir servi l’Allemand, elle fut obligée d’avouer « c’est vrai qu’il s’est bien conduit ». Qui aurait pu imaginer à cette époque que le peuple allemand était commandé par un fou qui allait demander à ses sbires d’accomplir des horreurs qu’aucune autre nation n’avait accomplies avant lui, et ce depuis l’Antiquité, même si le bilan des innombrables cruautés humaines accompagne sans cesse l’évolution de notre espèce. Si je peux donner ces détails sur la venue du premier soldat allemand dans notre librairie-papeterie c’est parce que j’ai entendu les personnes qui étaient présentes ce jour-là dans le magasin, raconter à plusieurs reprises cet événement.

Je me souviens aussi du contremaître responsable de l’atelier de reliure disant à peu près ceci au typographe en faisant des grands gestes :
« Les Allemands ont monté des tentes et garé des camions sur la place d’Armes, face à la cathédrale. Ils sont très nombreux. Ils ont des pièces d’artillerie lourde. Ils ont donné l’ordre à tous les habitants détenant des armes de les porter à la Mairie et annoncé le couvre-feu de 23h à 6h. »

Ce qui voulait dire pour le bambin que j’étais alors, que si Paulette, notre bonne, m’accompagnait à la piscine, je verrais des tentes et des canons de l’armée allemande. Certes il s’agissait de nos ennemis, mais ça m’intéressait quand même beaucoup...

A partir de ce jour nous avons vécu en écoutant en cachette tous les jours la radio anglaise dont l’indicatif allait devenir « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est Allemand ».

Bien sûr, dans ma mémoire se mélangent les choses que j’ai vécues, celles qu’on m’a dites et celles que j’ai senties, devinées, même si on me les cachait. Le lundi 24, je n’eus même pas le droit de descendre au magasin, et les volets de la maison restèrent fermés, mais le mardi je pus voir de ma chambre, marcher sur le trottoir d’en face, deux soldats allemands qui regardaient la vitrine de la modiste dont le magasin « Chez Suzette » faisait face au nôtre. Visiblement les chapeaux de femme les intéressaient. Moi, ce qui m’intéressait, c’était leurs baïonnettes, plates, accrochées à leur ceinturon. La couleur vert-gris de leur uniforme m’étonna, mais petit à petit je m’y habituerai au point de ne plus y faire attention...

Alors qu’elle n’avait eu aucune nouvelle de mon père depuis la lettre contenant le petit fragment du cockpit d’un chasseur allemand, ma mère fut enfin informée par la mairie du stalag où il était prisonnier et elle reçut une étiquette lui permettant de lui envoyer un colis.

Cette information me fit un drôle d’effet car malgré tous les événements relatés par la radio, les journaux et les actualités précédant les films au cinéma, où l’on m’emmenait quelques fois, je m’étais imaginé que mon père avait échappé à l’ennemi. Un détail insignifiant me revient à l’esprit : à peine cette étiquette reçue, ma mère réussit à se procurer un poulet (produit devenu très rare et très cher) chez le fromager qui tenait son commerce à cinquante mètres de notre domicile mais de l’autre côté de la rue Saint-Yon. Ce poulet fut cuit, logé dans une boite en fer dans laquelle à l’origine se trouvaient des petit-beurres de la marque LU, entouré de graisse et expédié en Allemagne à l’adresse du stalag XIII-C Lagerarzt où mon père avait été affecté ; dois-je avouer que la vue de ce poulet me fit envie et me donna faim car cela faisait déjà longtemps que je n’avais vu ni cuisse, ni aile de poulet, mes morceaux préférés, dans mon assiette…

Lors de l’année 1941 les informations annonçaient le retour en France de nombreux prisonniers. Alors que j’étais élève du Petit Lycée, l’institutrice nous faisait chanter « Maréchal, nous voilà » tous les matins... J’ai dessiné et peint plusieurs bâtons de maréchal, ainsi que des francisques. La maîtresse nous expliquait que ces dessins seraient envoyés au Maréchal qui, pour nous récompenser, ferait revenir nos papas… Ce que j’ai pu m’appliquer à ne pas faire déborder le jaune des étoiles sur le bleu du bâton… ! C’est sans doute à une crise de paludisme – c’est lors de son séjour en Afrique (1926-1928) qu’il fut contaminé - et surtout à la blessure qu’il s’était faite volontairement (fracture du radius gauche) plus qu’à mes dessins envoyés au Maréchal par le lycée... que mon père dut d’être rapatrié, évidemment. Il s’était blessé volontairement, espérant convaincre ainsi les Allemands de le libérer, car un gardien du stalag lui avait dit : « Herr Marilao, La Rochéle, alles kaputt ! », alors qu’il n’avait plus de nouvelles de nous. Ce gardien évidemment ne pouvait pas faire la distinction entre la ville de La Rochelle et son port de commerce de La Pallice, où les Allemands avaient décidé de construire une base sous-marine, ce qui provoquait de nombreux bombardements par la Royal Air Force.

Mais avant d’évoquer le retour de mon père je tiens à rappeler trois événements.

Le premier ce fut l’attaque par la flotte anglaise des navires français au mouillage dans la baie de Mers-El-Kébir au mois de juillet 1940. Vous êtes sans doute étonnés qu’un enfant de six ans ait pu être marqué par ce duel entre alliés, mais je vais m’expliquer. Lors de l’hiver 1938 -1939 on m’avait envoyé, avec ma grand-mère maternelle à Mano, tout petit village des Landes (trois maisons, un petit hôtel et une église, à l’époque ) où, pendant deux mois, sur avis du médecin rochelais Gabriel Béraud , je devais respirer, inspirer fortement, tous les matins au-dessus des petits pots accrochés aux troncs des pins, et dans lesquels s’écoulait la résine. J’avais les poumons fragiles.

A Noël, mon père, accompagné de mon grand-père maternel, m’apporta les cadeaux que le Père Noël avait déposés devant la cheminée de la salle à manger de notre maison de la rue Saint-Yon... Il neigeait et il faisait froid. Ils étaient arrivés dans une Citroën traction-avant toute neuve qui, paraît-il, avait magnifiquement tenu la route sur la neige. Dans la très grande boite de l’un de mes cadeaux il y avait six miniatures de bateaux de la flotte française, les cuirassés (ou croiseurs de bataille) Dunkerque et Strasbourg, les croiseurs Gloire et Montcalm, et deux torpilleurs. Or quand la guerre fut déclarée, dans ma chambre ces bateaux remportaient des victoires contre les bateaux allemands, et il me fallut toutes les explications de mon grand-père pour me faire admettre l’attaque anglaise précitée car les Anglais étaient quand même nos alliés... Il pensait que ces bateaux auraient dû rejoindre l’Angleterre...Je serai catastrophé plus tard quand j’apprendrai le sabordage de notre flotte à Toulon le 27 novembre 1942. Mon père m’avait transmis sa passion de la mer et des bateaux.

Si le Deutschland über alles sifflé par le public du grand prix automobile de Pau en 1939 avait été pour moi, après les explications de ma mère, un signe précurseur de la guerre, il y en eut un autre qui le précéda. Dans cet hôtel de Mano où ma grand-mère et moi, étions les seuls clients, nous menions une vie douce et tranquille. L’hiver 1938-39 fut très froid et il n’y avait aucun touriste. Or un jour l’hôtel fut envahi par une vingtaines de personnes qui parlaient espagnol. Ma grand-mère m’expliqua qu’il s’agissait de réfugiés de la guerre civile qui avait éclaté en Espagne, guerre qui fut d’une certaine façon le préambule de la deuxième guerre mondiale qui allait suivre. C’est sans doute là qu’est né mon goût pour le flamenco car certains de ces « nouveaux clients » sortaient leurs guitares le soir et jouaient cette musique sur laquelle ils dansaient. Parfois les danseuses venaient me chercher et me faisaient danser en m’apprenant les gestes des doigts, des mains, des bras et des claquements de pieds. Ma grand-mère regardait son petit-fils pris dans les spirales de cette musique qui m’a marqué à vie.

Le deuxième événement fut une alerte à La Rochelle à la fin mai 1941. Nous revenions , mon frère et moi avec Paulette, de la piscine du parc, où j’avais fait naviguer ma vedette de la marque Jep n°2 . Après être passés devant l’école Réaumur, nous traversions la Place d’armes quand la sirène se mit à sonner une alerte. Nous n’étions pas très loin de chez nous, mais les policiers français nous obligèrent à descendre dans l’abri se trouvant face à la cathédrale. L’entrée de cet abri n’était pas loin de l’arrêt des autobus. Nous nous retrouvâmes avec beaucoup de monde et ne sortîmes qu’en fin d’après-midi... Ma mère avait été évidemment très inquiète. Le lendemain matin les ouvriers de l’imprimerie parlaient d’un bateau de guerre allemand, le Prinz Eugen, qui serait arrivé en catastrophe à La Pallice où il aurait été attaqué par les avions anglais qui l’avaient repéré. D’où la longue alerte, mais l’information qui en donnait la cause était fausse. Le Prinz Eugen quand il abandonna le Bismarck en train de couler le 27 mai 1941, après avoir fait le plein auprès d’un navire ravitailleur à la latitude du Portugal, chercha un port français pour se faire réparer. Lors de sa remontée vers le Nord, il traversa le Golf de Gascogne et passa sans doute au grand large de La Pallice, puis de Saint-Nazaire avant d’atteindre Brest le 1er juin. Il se peut alors que la longue alerte qui nous maintint dans un abri presque la journée entière ait été provoquée par des vagues successives d’avions anglais qui traquaient le croiseur allemand.

Le troisième événement fut l’annonce à la radio du début de l’opération Barbarossa, c’est-à-dire de l’attaque de l’URSS par l’Allemagne. Mon grand-père maternel qui avait écouté les informations de plusieurs stations-radio , me montra une grande carte et il me dit « les fridolins sont forts, mais ils ne gagneront pas la guerre », et très visiblement cette opération lui redonnait de l’espoir, car il ne croyait pas que l’Allemagne puisse envahir la Russie bien que la percée allemande ait été rapide. La radio de l’État Français vantait cette attaque-éclair.

Enfin, parmi les anecdotes qui, enfants, nous concernèrent sous l’occupation, je peux en évoquer deux relatives à nos moments de jeux passés sur la plage. Ma mère et ma grand-mère maternelle étant très occupées par le fonctionnement de la librairie, de l’imprimerie, et par la tenue de la maison, c’était notre jeune bonne, Paulette, qui nous emmenait à la plage. Or elle avait pris l’habitude de demander à ma mère si elle pouvait emprunter un livre pour enfant qu’elle lisait à mon frère Gilles, qui appréciait particulièrement un livre illustré, Les Trois petits cochons.

Dès notre arrivée devant le café-restaurant de la Pergola, je rejoignais les garçons de mon âge et laissais mon frère avec Paulette. Nous pêchions des crevettes grises (des boucs comme disaient les Rochelais d’alors), nous nous baignions, nous construisions des châteaux de sable, mais ce dont j’avais la passion c’était les courses de billes. Nous faisions des pistes en sable légèrement mouillé, avec des virages très relevés sur lesquelles chaque joueur faisait progresser une « écurie » de trois ou quatre billes. Un jour où ma mère remerciait Paulette de sensibiliser mon petit frère à la lecture, celle-ci répondit qu’elle n’avait plus besoin de lire sur la plage depuis plusieurs jours car c’était un copain de Gilles qui lui lisait des histoires. Ma mère lui demanda qui était ce copain.
« - Madame, c’est un soldat allemand qui vient tous les jours sur la plage et qui m’a expliqué que ça lui permettait de perfectionner son français.
Je revois ma mère restant sans voix derrière la caisse du magasin puis s’exclamant :
- Un soldat allemand ?!
- Oui Madame ! Il est très gentil, et m’a expliqué qu’il a un fils du même âge que Gilles.
- Paulette ! Mon mari est prisonnier des Allemands et c’est un soldat allemand qui lit des histoires à l’un de mes fils !

Ma mère était très en colère et désormais, chaque fois que nous allions à la plage, c’était sans livre d’histoires… Mais la rousse et jolie Paulette devait sans doute attirer l’attention des hommes sur la plage, car quelques jours plus tard un jeune soldat allemand vint lui donner un cylindre de chocolat enveloppé dans du papier d’aluminium. J’ai voulu goûter tout de suite ce chocolat mais Paulette décida que ce n’était qu’à la maison que nous pourrions le faire. Cela faisait déjà longtemps que je n’avais pas mangé de chocolat. Une fois rentrés, alors que nous étions déjà à l’étage dans la cuisine, prêts à déguster le chocolat germanique, ma mère qui nous avait suivis demanda d’où venait ce chocolat. Paulette expliqua qu’un soldat allemand qui venait la retrouver à la plage pour parler avec elle…, lui avait fait ce cadeau. Ma mère, en disant « il est peut-être empoisonné » prit le cylindre de chocolat et le jeta dans la poubelle qui se trouvait sous l’évier. Il se passait à cette époque des choses graves dans le monde et des bombardements sur La Pallice dont je n’ai plus qu’un vague souvenir, mais je n’ai jamais oublié la trajectoire faite par le morceau de chocolat depuis les mains de ma mère jusqu’à la poubelle. Je ne reverrai du chocolat qu’en 1944 à Aire-sur-l’Adour, dans les Landes.

Quant à cette jeune bonne de vingt ans que mon frère et moi aimions beaucoup, et qui nous le rendait bien, elle mourut de ce qu’on appelait alors la phtisie galopante, c’est-à-dire une forme de tuberculose très violente qui l’emporta après deux ou trois jours d’hôpital. Le médecin Armand Béraud vint vérifier que nous n’avions pas été contaminés. C’était sans doute un brave homme, mais il avait un visage très fermé qui me faisait peur.

Ma grand-mère maternelle était la seule à fréquenter régulièrement la messe le dimanche matin à la cathédrale, et parfois, heureusement pas trop souvent, je devais l’accompagner. Il me fut alors donné parfois d’assister à la curieuse et imposante arrivée de soldats allemands à la messe. Même si les trois armes, Wehrmacht, Kriegsmarine et Luftwaffe étaient présentes dans notre ville, je n’ai vu que des soldats en tenue feldgrau venir à la messe en opérant, avant d’entrer dans la cathédrale, des déplacements et des figures dignes de ce que je verrai plus tard quand j’irai en Angleterre . Ils arrivaient en rangs, sans armes à feu, mais avec leurs baïonnettes et casqués. Au commandement ils se mettaient au garde-à-vous, enlevaient leurs casques tous en même temps, et le tenaient ensuite serré contre la hanche ( du côté gauche me semble-t-il). J’avoue que ce cérémonial, avec déplacements et rotations synchronisés, m’impressionnait beaucoup malgré l’agacement intérieur que je ressentais. Ainsi nos ennemis pouvaient aimer le même dieu que le nôtre...C’est un sujet, avec celui du purgatoire, qui m’amenait à poser des questions à ma grand-mère qui ne me répondait jamais clairement, sauf quand elle m’affirmait « Le Bon-Dieu voit tout et si les soldats allemands font des choses mal ils seront punis... ». Un souvenir qui n’a rien à voir avec la guerre, mais se perpétua sous l’occupation malgré les restrictions : il y avait à gauche, une fois qu’on était entré dans la cathédrale, une chapelle latérale consacrée aux « Âmes du purgatoire » où se trouvait le buste d’un ange qui acquiesçait d’un mouvement de la tête chaque fois qu’on mettait de l’argent dans la fente que présentait le haut de son crâne. Quand je demandais à ma grand-mère pourquoi elle donnait toujours de l’argent à l’ange, elle m’expliquait que c’était pour que je n’aille pas au purgatoire à cause de « petites bêtises » que je risquais de faire...Je commençais à comprendre la puissance de l’argent !

Parmi les clients allemands de la librairie, il y avait un officier parlant parfaitement le français et féru de culture française. Un jour, alors qu’il venait d’acheter un roman, il dit à ma mère qu’il ne serait plus pour très longtemps notre client car il allait être transféré sur le front russe. Ma mère, spontanément lui dit :
- Les choses ne vont plus très bien pour vous en Russie.
Interloqué, il répondit :
- Chère Madame, qui vous a donné une telle information ?
Et ma mère, très naïvement , lui répond :
- Je l’ai entendu hier soir à la radio anglaise.
- Madame, vous avez la chance qu’il n’y ait pas un autre soldat allemand dans votre magasin, sinon j’aurais été obligé de vous arrêter immédiatement. Si un jour vous étiez dénoncée je serais obligé de vous arrêter en ne montrant pas que je vous connais, et ce serait très grave pour vous et votre famille.

Sur ce, il salua et repartit. Les deux vendeuses étaient pétrifiées et ma mère dut les calmer. Mon grand-père sermonna sa fille et lui expliqua qu’il ne faut jamais faire confiance à un militaire allemand. Une atmosphère bizarre régna dans la maison pendant plusieurs jours, mais l’officier qui ne partit en Russie qu’un ou deux mois plus tard, revint chercher des livres sans jamais faire la moindre allusion à la gaffe de ma chère maman.

Il est vrai que La Rochelle devenait allemande, les panneaux des rues en français étaient doublés de panneaux jaunes sur lesquels figuraient des caractères gothiques écrits en noir. Il avait fallu doubler les volets des fenêtres de papier noir ou bleu du côté intérieur afin qu’ aucune lumière ne diffusât à l’extérieur : les avions anglais ne devaient pas pouvoir repérer la ville la nuit. Après le couvre-feu les talons des bottes des Feldgendarmes claquaient sur les trottoirs et, quand ils accéléraient leur marche, on entendait les cliquetis que faisaient leurs plaques de Feldgendarmes sur les boutons de leurs blousons. Personne ne devait circuler à l’exception des personnes possédant un Ausweis. Un soir, ma mère après la fermeture du magasin s’était rendue chez le comptable qui habitait pas loin de chez nous. L‘heure du couvre feu était dépassée depuis un petit moment déjà et elle n’était toujours pas rentrée. Un coup de sonnette retentit enfin et ma grand-mère alla ouvrir. Elle fut effrayée quand elle vit sa fille encadrée par deux Feldgendarmes qui la reconduisaient à la maison. Elle avait été interceptée peu après le couvre-feu par une patrouille et fut d’abord conduite au bureau de la police allemande qui s’était installée dans des locaux la mairie sous la statue d’Henri IV. Les livres de comptabilité qu’elle avait entre les mains témoignèrent de sa bonne foi, mais les deux soldats qui l’avaient reconduite lui firent savoir, ainsi qu’à ma grand-mère, que si la chose recommençait elle serait mise en prison. Ma mère ne fut pas du tout impressionnée par cet incident et cet avertissement, mais ses parents eurent très peur. Si, comme je l’ai déjà signalé, cette petite fille de cap-hornier avait peur de la mer, elle n’avait par ailleurs peur de rien d’autre, et durant toute la guerre je ne la vis jamais s’affoler.

Je voudrais insister sur un petit détail. Quand l’aviation allemande avait bombardé les réservoirs d’essence de La Pallice, du moins c’est ce que je croyais et ce que croyaient également les personnes descendues dans notre cave, celles-ci parlaient de sales boches. Mais une fois La Rochelle occupée, nous descendions à la cave pour nous protéger des bombardements anglais, or parmi les personnes que ma mère était obligée d’accueillir, certains disaient « salauds d’anglais » et cela me frappait beaucoup, car pour moi les anglais n’étaient pas nos ennemis, ni pour mon grand-père maternel ( qui m’avait si bien expliqué Mers-el Kébir), ni pour ma mère. Or au petit lycée pendant la récréation on jouait aux Français et aux Anglais contre les Allemands, et je n’ai jamais voulu être dans le camp des Allemands. Mais certains des camarades de classe étaient fiers d’être les Allemands…, ce qui voulait dire « les vainqueurs », même quand ils perdaient. En revanche, quand après la guerre je fus inscrit en sixième, mon père décida que je ferai, comme on dit, latin et allemand. Or nous n’étions que cinq ou six à « faire allemand » et ceux qui « faisaient anglais », beaucoup plus nombreux, se moquaient de nous quand nous étions en rang sous les galeries avant d’entrer en cours, en nous traitant de boches… ce qui me blessait profondément.

Un mot sur un air de musique : tous les matins ou presque, je vis et entendis passer sous nos fenêtres les soldats allemands marchant au pas en chantant « Heili heilo » ! Je ne comprenais rien aux paroles de ce chant, mais pour moi ce ne pouvait être qu’un chant de guerre vu l’air martial de ceux qui l’exécutaient. Or, quand bien longtemps après la guerre j’ai recherché le sens des paroles de cette chanson dont j’ai toujours la mélodie en tête, j’ai découvert, à ma grande surprise qu’il s’agissait des propos d’un homme qui s’enivrait pour oublier la femme qu’il aimait, car il était très pauvre et ne pouvait donc prétendre vivre avec elle...Comme quoi il y avait distorsion dans mon esprit entre le fond et la forme, comme on disait quand j’étais élève, ou entre le signifiant et le signifié...

Je reviens à mon père : c’est en octobre 1941 qu’il revint à La Rochelle ; il avait été officiellement libéré avec quelques-uns de ses compagnons de captivité le 22 septembre, entra en France le 2 octobre et arriva à La Rochelle, en passant par Paris, dans les jours qui suivirent. J’ai retrouvé le « Ärztliche Bescheinigung (certificat médical) signé du médecin de l’infirmerie du stalag XIII C qui envoie der französische kr. Gef. Marillaud Pierre matricule 77594 à l’hôpital d’Ebelsbach am Main pour grave fracture du radius et crise de malaria. J’ai retrouvé également le « Entlassunggsschein für das bezetzte franzoesische Gebiet » ( document de libération valable pour le territoire français occupé) du centre de réception de Compiègne signé du 2 octobre 1941. Il y avait reçu des tickets d’alimentation et un paquet de tabac.

Je ne me souviens plus du jour exact de son arrivée à la maison, mais je le reconnus, ce qui ne fut pas le cas de Gilles, mon petit frère, qui se mit à parler du « papa de Pierrot ». Dès que mon père fut là, notre vie changea. La traction-avant avait été confisquée par les Allemands mais très vite il put se procurer une voiture d’occasion (Peugeot 301) que nous appelions le hanneton à cause de la forme de sa carrosserie. Sans dire que nous vivions comme avant la guerre il sut se débrouiller pour aller acheter de la nourriture chez les paysans des environs et nos repas redevinrent presque normaux, même si on continuait à trier les vrais grains de café dans le mélange qu’on trouvait dans le commerce avec des tickets. Il y eut encore, mais moins souvent, des topinambours et rutabagas au menu des repas.

Je rappelle que si ma mère avait été obligée non seulement de servir les Allemands, mais de faire travailler l’imprimerie pour eux, elle avait cependant réussi à ce qu’elle ne soit pas réquisitionnée, alors que les occupants l’en avaient menacée.

La première décision que prit mon père après son retour, fut de nous éloigner de La Rochelle car la progression rapide de la construction de la base sous-marine de la Pallice attirait de plus en plus l’aviation anglaise. Il fut question de nous envoyer, mon frère et moi, sans doute accompagnés de nos grands-parents maternels, à Mauzé-sur-le-Mignon à moins d’une quarantaine de kilomètres de La Rochelle. C’était un gros village où ne se trouvaient pas des objectifs pouvant attirer l’aviation alliée. Mais ce projet ne put être réalisé pour des raisons que j’ignore. Un prisonnier libéré en même temps que mon père, banquier, (il se nommait Roger Teissier) invita mes parents à Paris et je fus du voyage, pas mon frère. Parti le soir, notre train fut stoppé à Saint-Pierre des Corps (agglomération de Tours) par une alerte. Nous sommes restés très longtemps dans l’obscurité totale, aussi bien dans le train qu’à l’extérieur, et je n’avais qu’une crainte : que cette maudite alerte empêchât le train de gagner Paris. Je ne sais plus l’heure qu’ il était quand le train repartit, mais nous arrivâmes à la gare d’Austerlitz en début de matinée. Je ne pensais plus à la guerre, à l’occupant, j’avais huit ans et je découvrais Paris où j’eus l’impression que la guerre était moins présente qu’à La Rochelle malgré le très grand nombre d’Allemands que l’on y croisait. Il y avait beaucoup de monde dans les cafés, dans certains des orchestres jouaient, et j’avais l’illusion que la vie était plus facile, plus gaie que dans ma ville natale.

Revenus à La Rochelle, après quelques jours merveilleux pour moi, ma vie tranquille d’enfant reprit son cours. Dois-je faire état ici d’un « acte de collaboration » dont je fus l’auteur ? A coté de la mercerie de mon oncle, située en bas de la Rue du minage, il y avait un marchand de jouets devant la vitrine duquel je m’arrêtais presque tous les jours quand j’allais au Petit Lycée situé dans le grand lycée Eugène Fromentin. Un jours je vis pour la première fois dans sa vitrine des soldats allemands fabriqués par la marque Solido. Une seule personne pouvait m’acheter quelques-uns de ces soldats sans réticence, ma grand-mère maternelle car je savais à l’avance qu’elle ne ferait pas attention à la couleur de leurs uniformes. Les choses se passèrent comme je l’avais prévu, et je tiens à dire, pour me déculpabiliser, que dans ma chambre ces soldats ne remportèrent jamais la moindre victoire.

Ma mère, avant que mon père ne nous ait installés dans une villa à Aire-sur-Adour, m’emmena une seconde fois à Paris où il fut décidé que je resterai trois ou quatre semaines, peut-être plus. J’ai beaucoup pleuré quand elle reprit le train pour La Rochelle. Mais il avait été dit que les alliés ne bombarderaient pas Paris ; j’étais donc en sécurité en attendant que nous partions dans les Landes.

Ainsi, j’ai vécu quelque temps dans le 14e arrondissement, au 151 de l’avenue du Maine, chez l’ami de mon père, Monsieur Roger Teissier. Son épouse, Yvonne, dite Venou, travaillait chez Lanvin et ils avaient un fils, Jean, qui avait 14 ans, et qui me fit visiter Paris dans les autobus qui marchaient au gaz. Mes moments préférés étaient ceux où l’on prenait le métro aérien. De nombreuses voitures, comme à La Rochelle, étaient équipées de gazogènes noirs, énormes fourneaux qui brisaient complètement l’harmonie des lignes de leurs carrosseries.

Un matin, alors que je regardais la circulation depuis le balcon, les sirènes se mirent à sonner. En regardant au loin, je vis très clairement et entendis qu’on bombardait. J’avais quand même acquis une certaine expérience de la chose. J’appelai Venou qui ne voulait pas me croire, mais suite à une explosion plus forte, donc plus proche que les autres, elle comprit enfin que Paris était bombardé. Comme l’ascenseur était occupé nous descendîmes en courant par l’escalier, mais je ne voulais pas aller à la cave. La plupart des gens, contrairement à ce qu’il se passait à La Rochelle quand il y avait une alerte, restaient sur le trottoir. Un monsieur expliquait que c’était sur les usines Renault que ça tombait. Deux auto-mitrailleuses Allemandes remontèrent à toute vitesse l’avenue du Maine. Elles étaient suivies par des ambulances. Des motards allemands passèrent à leur tour, puis arrivèrent des Feldgendarmes qui avaient l’air très excités ; ils firent rentrer les passants dans les halls des immeubles. Monsieur Tessier et son fils qui étaient partis le matin ne revinrent qu’en fin d’après midi et nous parlèrent d’une bombe qui avait fait beaucoup de morts sur une station de métro. La bombe aurait été lâchée par un avion anglais qui avait été touché par la DCA. Les pilotes auraient sauté en parachute et les Allemand voulaient absolument les récupérer, d’où leur grande excitation. La station de métro touchée était Sèvres-Babylone, et d’après la presse du lendemain il y aurait eu au moins 80 morts.

Ma mère vint me chercher à Paris, mais il y resta quelques jours. Elle m’emmenait avec elle quand elle faisait des achats et je l’ai même accompagnée au théâtre où l’on jouait Fanny, la pièce de Marcel Pagnol, avec Raimu, Pierre Fresnay et Orane Demazis. De cette soirée je ne me souviens que d’une chose : les larmes de ma mère, tant elle était émue par le triste destin de Fanny.

De retour à La Rochelle, je n’y restai pas longtemps car mon père avait loué une très jolie villa à Aires-sur-Adour dans les landes où nous restâmes, ma mère, mon frère et une dame amie de mes parents, qui les aidait au magasin, jusqu’à la fin de la guerre.

Notre vie à Aires fut une vie facile et agréable, et l’on y mangeait beaucoup mieux qu’à La Rochelle. Le patron du restaurant « Le bec fin », un médecin parisien ne pratiquant pas son art, mais dessinant et peignant, recevait des artistes comme André Claveau, Noël Roquevert, et d’autres dont les noms m’échappent. Il y avait dans ce restaurant une atmosphère paisible qui m’aurait fait oublier complètement la guerre si nous n’avions continué à écouter tous les jours les informations et la radio anglaise. Nous étions inscrits, mon frère et moi, dans une école privée catholique. Aire sur l’Adour, qui était en zone dite « libre » fur aussi pour moi le lieu d’un véritable apprentissage de la liberté. Non seulement j’y découvrais les courses landaises, la pelote basque, mais ma mère me laissant beaucoup plus qu’à La Rochelle la bride sur le cou, j’y fis l’école buissonnière, me procurait une fronde, et à dix ans je tombais amoureux d’une petite fille gitane de 12 ans, très belle qui m’apprit à embrasser comme au cinéma...Un jour où nous avions rendez-vous dans un coin du bord de l’Adour qu’on appelle « Les saligats » ( endroits où poussent les saules) elle ne vint pas. J’allais alors où se trouvait le petit camp de gitans près de la route de Duhors, mais toutes les roulottes avaient disparu. Ne plus la revoir m’attrista beaucoup.

Le 6 juin 1944, je me levais comme d’habitude vers 8h. Quand je descendis dans la cuisine où ma mère préparait notre petit déjeuner, la radio était allumée et j’entendis le speaker de radio-Paris expliquer que des vedettes ennemies avaient été vues au large des côtes normandes mais qu’elles avaient été repoussées par les défenses côtières. Je n’imaginais pas qu’il s’agissait du débarquement et arrivé à l’école je n’entendis que quelques grands de la classe de fin d’étude, dont l’un s’appelait Abadie, chuchoter entre eux des choses mystérieuses. Mais de retour à la maison à midi, je trouvais ma mère en train d’écouter les informations, cherchant différentes stations. « Je crois que les Anglais et les Américains ont débarqué en Normandie » me dit-elle. De retour à l’école, cette fois-ci tout le monde parlait du débarquement. Je n’avais plus mon grand-père maternel pour m’expliquer la guerre mais j’avais dix ans et continuais à m’y intéresser.

Ironie du sort, alors que j’avais été témoin proche du premier bombardement anglais sur Paris, nous serons témoins de la libération d’Aire sur l’Adour le 11 août 1944, qui faillit être un deuxième Oradour. Des civils furent tués dans leurs lits, mon professeur d’éducation physique de l’école Saint Joseph fut tiré de son appartement et mitraillé sur le trottoir où il appela sa mère pendant plus d’une heure avant de mourir. Le jeune curé qui me donnait des leçons particulières ( parce qu’on avait trouvé le niveau de cette école inférieur à celui du petit lycée de La Rochelle d’où je venais ) n’osa même pas descendre aider ce jeune professeur à mourir alors que ce dernier gisait devant sa porte. J’entends encore les explosions d’une camionnette allemande incendiée, remplie de grenades, le bruit inquiétant d’un avion allemand, sans doute un Dornier, qui volait très bas pour repérer les endroits où se tenaient les résistants. Alors qu’ils arrivaient de Pau, les Allemands installèrent un campement à côté des arènes, au bord de l’Adour, mais au bout de quelques jours ils s’en allèrent vers le nord et des drapeaux français, anglais, américains et russes apparurent aux fenêtres.

Mon père trouva le moyen de faire quelques déplacements entre La Rochelle et Aire sur l’Adour jusqu’au moment où la ligne-frontière de la poche de La Rochelle devint très difficilement franchissable .

Je ne sais pas à quelle date après avoir été libéré, il avait pris contact avec un réseau de résistants, mais ce dont je suis sûr c’est qu’il le fit assez tôt. Bien sûr il se garda de nous en parler tant que la guerre ne fut pas achevée.

A l’époque où la France était libérée mais pas les poches de l’Atlantique, vers la fin du siège, deux laissez-passer portant le même numéro furent remarqués par les Allemands qui accusèrent mon père de fabriquer des faux laissez-passer, ce qui était vrai. Ils perquisitionnèrent l’imprimerie. Le contre-maître avait eu le temps de monter un tiroir de laissez-passer à l’étage et de le confier à mon grand-père qui les jeta dans la cuisinière. Mais une pile de laissez-passer était restée près de la machine automatique dans la deuxième salle de l’imprimerie et le typographe renversa la pile sur le sol où il y avait déjà des papiers qui traînaient, et jeta par dessus une autre pile d’imprimés. Les soldats allemands marchèrent sur ces papiers à plusieurs reprises sans imaginer que des laissez-passer étaient sous leurs pieds. Quant à l’officier qui commandait cette perquisition, il demanda à mon père de l’accompagner à la cave, persuadé que c’était là qu’il trouverait ce qu’il cherchait, mais en vain. Mon père, qui n’aimait pas parler de ces choses, me raconta pourtant que pendant une minute ou deux, il s’était demandé s’il ne devait pas tuer l’officier, mais comprenant que toutes les personnes occupant notre immeuble, le personnel de l’imprimerie, une vendeuse, mes grand-parents maternels, seraient sans doute immédiatement exécutés, il ne donna pas de suite à ce projet. Il remonta donc de la cave avec l’officier vivant qui, interrogeant les soldats, eut pour réponse qu’ils n’avaient rien trouvé. Monsieur Marillaud, lui dit l’officier en français, je suis sûr que vous nous trompez, et ils partirent.

Votre consœur Christiane Gachignard m’a confirmé que ces faits étaient relatés dans le livre « La résistance chez les fils de Gutenberg dans la deuxième guerre mondiale. »

Pendant cette période du siège, il lui arrivait de passer la ligne et un jour retrouvant un groupe des maquis de la Dordogne auxquels il devait transmettre des informations, il les « engueula » en leur montrant que s’il avait été un allemand ils seraient tous morts puisqu’ils avaient laissé un fusil-mitrailleur à l’entrée de leur poste sans serveur ni garde.

Une autre fois, alors qu’il rentrait après avoir passé la ligne, une patrouille allemande le poursuivit dans la campagne de Châtelaillon sans savoir qui il était, mais il sut leur échapper, après avoir essuyé de loin une rafale qui ne l’atteint pas.

C’est encore Christiane Gachignard, que je remercie très vivement, qui m ‘a appris que dans le Journal d’un Rochelais sous l’occupation on trouve à la date du 6 février 1945 la rubrique suivante :
« 6 février [1945]...La semaine dernière des Allemands ont crevé à coups de mitraillettes (?) les vitrines de l’imprimerie Marillaud, rue Saint-Yon et ont déchiré les cartes qui s’y trouvaient. Il s’agissait de cartes de Rhénanie et d’Allemagne du nord, c’est-à-dire des deux fronts, que les passants aimaient à regarder. »

Après la libération de La Rochelle, mon père participa à la présentation des drapeaux au Général de Larminat, mais à des journalistes qui plus tard lui demandèrent de parler de son action de résistant, il refusa de répondre. Il avait fait son devoir, mais il n’appréciait de la guerre que celle qui concernait les armées régulières. Ces choses étant dites, je me souviens qu’en 1946, en rentrant de Limoges nous passâmes par Oradour sur Glane et qu’il manifesta sa rancœur contre « Les sales boches ». Or cet horrible massacre avait bien été le fait d’une armée régulière !

3. Après la Guerre

La guerre finie, mon père resta un certain temps sans bateau. Le Pétrel avait été vendu peu avant la déclaration de guerre, mais avec une Matford V8 qui avait remplacé le hanneton, il nous emmenait camper, mon frère et moi, dans la forêt de La Coubre. Après Ronce-les-bains nous roulions un ou deux kilomètres sur la partie encore mouillée, donc un peu ferme, de la grande plage quand la mer se retirait, puis à un endroit que lui avait indiqué le garde forestier, nous faisions un chemin en pommes de pin pour que la voiture puisse franchir une petite dune, et nous arrivions à un petit coin en bordure de la forêt qu’il avait baptisé Huronahouse car il y avait trouvé, en y venant avant nous en reconnaissance, une tête d’indien en bois, sculptée par les Allemands quand ils occupaient ce territoire deux ans plus tôt. Notre tente était montée à quatre ou cinq cents mètres du phare de la Coubre et à environ deux cents mètres de l’océan. Plusieurs années de suite nous passions là une semaine loin de tout. En fait l’accès à ce lieu était encore interdit à l’époque car il venait juste d’être déminé, mais le garde forestier, très au courant, avait certifié à mon père que là où nous étions nous ne risquions rien. En échange de cette entorse au règlement du moment le garde forestier recevait toutes les fournitures scolaires gratuites (livres, cahiers, encre, crayons, stylos, porte-plume, etc.) pour ses enfants...D’une année sur l’autre, nous retrouvions intactes les étagères construites sur les arbres où nous installions nourriture et affaires de toilette. Une batterie de voiture nous permettait d’avoir la radio et la lumière le soir. Mon père avait une magnifique carabine Winchester 22 long rifle avec une lunette de visée. Il tua parfois des tourterelles mais le plus souvent il nous apprenait à manipuler cette arme et nous entraînait à tirer sur des boites de conserve et des bouteilles à des distances différentes. Le maniement des armes n’avait plus tellement de secrets pour moi quand bien plus tard, l’étudiant et l’instituteur-remplaçant que j’étais devenu fut appelé sous les drapeaux du 9 novembre 1959 pour n’en être libéré que le 6 mai 1962…, ce qui me parut très long. Je ne fis qu’un court séjour en Algérie (Blida) car mon frère, non sursitaire, avait été appelé avant moi et envoyé à Djidjelli, près de la frontière entre l’Algérie et la Tunisie, or on n’envoyait pas deux frères en même temps en Algérie.

Dès que mon père eut remplacé le Pétrel par un bateau à moteur qu’il baptisa le Centurion (Il était un grand admirateur des Romains de l’Antiquité), la vie sur le bateau et les virées en mer l’emportèrent sur toutes les autres distractions.

Je dirai deux mots sur le fort Boyard qu’il avait envisagé d’acheter autour des années 1950, mais c’est un Belge qui fit cette acquisition. J’ai le souvenir très vif de ce qu’était ce fort avant qu’il ne devienne le site de tournage d’une très célèbre émission de télévision. Nous accostions près des quelques blocs de l’empierrement artificiel sur lequel le fort était construit. Un petit escalier en pierre permettait d’accéder à l’intérieur du fort qui n’était habité que par les oiseaux de mer et par une végétation apportée par les vents. A l’époque mon père pestait contre des plaisanciers inconnus qui déposaient dans le fort des ordures venant s’ajouter aux fientes des oiseaux. Mais c’était pour moi un lieu magique où j’aimais faire escale. Dès qu’il devint le site de tournage de l’émission de télévision très célèbre précitée, nous n’avons plus jamais mouillé l’ancre près du fort. Je ne peux que me réjouir de ce qu’est devenu le fort qui, grâce à la télévision, est entretenu et restauré, mais même si je disposais aujourd’hui d’un bateau je n’y jetterais pas l’ancre pour garder intactes les souvenirs que j’en ai.

Le vieux port de La Rochelle, où sont amarrés aujourd’hui les bateaux de promenades pour touristes, et quelques autres embarcations aux ponts de plastique blanc, est très différent de celui de mon enfance . Avant la guerre, et même encore jusque dans les années 1950-60, les bateaux aux voiles le plus souvent brunes qui se pressaient le long des quais étaient des bateaux de pêche. Sur le quai bordant le Cours des dames, des bretonnes dont les têtes étaient surmontées de leurs hautes coiffes en dentelle blanche, étaient assises entre les bittes d’amarrage pour réparer les filets que leurs époux ou frères iraient bientôt lancer au large. La pêche était intensément présente derrière les tours Saint Nicolas et de La Chaîne. Dès que rentrés avec la marée haute, les bateaux de pêche s’amarraient le long de ce quai et du quai Valin, les marchandes de « sans-sels », avec leurs tricycles ou leurs petites charrettes, venaient chercher des cageots de poissons frais remontés juste des soutes des bateaux, et elles repartaient, la plupart passant sous la Grosse Horloge en criant « Sans-sels, fricassées, v’là les bons sans-sels ! messieurs dames ! ». Ces appels aux clients qui passaient dans les rues, je les entends encore. Certaines marchandes s’arrêtaient à la sortie de la rue de la Grosse Horloge, au pied de la statue d’Eugène Fromentin, d’autres prenaient la Rue du Temple, puis passaient devant la Mairie, prenaient la rue Saint-Yon, et venaient s’installer sur la place du marché. Elles se plaçaient face à l’angle de la rue Gargouleau et la rue Saint-Yon, où se tenait toujours à l’automne un marchand de châtaignes qui criait, comme dans toutes les villes de France, « chauds les marrons ! chauds les marrons ! ». A cet angle il y avait un kiosque à journaux faisant face d’un côté à la pharmacie Gurgand (rue Saint-Yon), de l’autre au grand magasin de vêtements A. Dony ( place du marché).

Mon père après avoir raté l’acquisition du Fort Boyard, et après avoir envisagé d’acheter l’île Madame, avait fait le projet d’ouvrir une grande librairie dans l’immeuble appartenant à la famille Cassegrain, qui se trouvait juste en face de notre magasin, et qu’il avait acheté je ne sais plus quand. Mais, lors d’un voyage en Dordogne, il décida d’acheter le château de Lauterie (XVe siècle), situé sur la commune de Trélissac, à quelques kilomètres de Périgueux, et c’est ainsi qu’en 1949, mon frère et moi, nous avons rejoint ma mère qui était partie un an avant nous, en Dordogne. Outre mes copains de lycée et une partie de ma famille, c’est soudain l’océan qui me manqua terriblement, et le port de La Rochelle. Le château ne rapportant pas, fut cédé pour acheter à un sénateur une propriété dans le Nontronnais, le Pimpidour où nous fabriquions notre électricité avec l’eau d’un étang alimenté par un ruisseau. Je n’y fus pas plus heureux qu’à Lauterie, mais dans ma famille il était très mal vu de se plaindre et je n’ai jamais exprimé à mes parents l’ennui qui me gagna. Le Périgord deviendra pourtant ma seconde patrie où se décida ma carrière, mais j’avoue que la rupture avec notre habitation de La Rochelle fut une véritable déchirure, dont j’ai encore les cicatrices.

En guise de conclusion :

Raconter son enfance est un acte banal, sauf si l’on est écrivain, ce qui n’est pas mon cas. Mais dès qu’on se met à réfléchir sur son passé, très vite s’impose alors avec acuité le « Quid est enim tempus ? » d’Augustin ( ‘Saint’ pour les croyants, livre XI des Confessions). On est parfois conduit à se méfier de notre imagination qui fabrique des personnages de fiction ayant toutes les apparences de personnages réels. Il est vrai que le Fedor Pavlovitch Karamazov dont Dostoïevski nous fait un portrait détaillé avec une grande précision, nous prouve qu’on peut être conduit à confondre fiction et réalité, voire à projeter sur nous même des éléments fictifs. Certes cela peut donner un chef d’œuvre comme A la recherche du temps perdu...

Pour ma part, quand j’ai écrit les lignes qui précèdent, je ne me suis pas mis dans la peau d’un écrivain que mon imagination aurait fabriqué, et je me suis méfié de mon « je écrivant » qui risquait de regarder le passé à travers les lentilles déformantes que sont mes a priori philosophiques ou politiques. Dans un ouvrage que beaucoup ont méprisé, parce qu’il ne serait pas bien écrit... ( mais les mêmes admirent Dostoïevski qui écrit mal, même s’il est un grand écrivain), « L’idiot de la famille » ( 3 tomes publiés par Gallimard à partir de 1971) , Sartre nous explique dans sa préface : « qu’un homme n’est jamais un individu ; il vaudrait mieux l’appeler un universel singulier : totalisé et, par là même, universalisé par son époque. »

J’ai donc tenté d’éviter le danger qui consistait à décrire mon père, mon enfance et la guerre avec la vision du vieil homme du XXI siècle, que je suis devenu.

Peut-être avez-vous détecté chez moi une tendance à la schizophrénie, c’est-à-dire un moi divisé, mais la période de la guerre divisée en drôle de guerre et débâcle, (même si dans ma famille on ne fit jamais la moindre concession aux folies d’Hitler, aux horreurs du nazisme - je vois malheureusement aujourd’hui certaines émanations de cette effroyable idéologie envahir l’atmosphère de la France), un pays coupé en deux, dont la partie dite « libre » est dirigée par un maréchal devenu l’allié de nos vainqueurs, nos vrais alliés, les Anglais, attaquant notre flotte que j’admirais tant, les Russes ayant signé un pacte de non-agression avec Hitler jusqu’au moment où ce dernier les attaquera par l’opération Barbarossa, etc. , ont fait du petit garçon que j’étais alors un être qui comprenait difficilement la complexité du monde dont il était tous les jours question dans les discours des adultes, de mes proches, des employés de l’entreprise familiale, des gens qui discutaient après avoir lu les journaux et écouté la TSF, comme on disait alors. Heureusement, mon grand-père maternel, Albert Allio, qui vécut la plus grande partie de l’occupation à mes côtés, sut m’expliquer et éclaircir cette complexité !

Sans doute avez-vous perçu dans mon discours restitué d’enfant des présupposés, voire des sous-entendus se glisser sous mes mots. Il se peut aussi que j’aie été trompé par la mémoire défaillante d’un homme qui a déjà accompli 87 tours autour du soleil et par mon imagination mal dominée. Je vais cependant me trouver une excuse, ou des circonstances atténuantes. Voltaire attribua à Malebranche la métaphore de « la folle du logis », s’agissant de la Raison. Or cette métaphore ne se trouve nulle part dans l’œuvre de Malebranche…., à ce qu’on m’a dit. Si Voltaire fut victime de sa propre imagination, vous pardonnerez, j’en suis sûr, à l’auteur-amateur des lignes qui précèdent, d’avoir été victime de la sienne. Sachez cependant que j’ai voulu vous raconter les choses telles que je pense les avoir vécues…

A La Rochelle, le 15 novembre 2021.

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